
Ducati entre bonheur et malheur(s), Yamaha sauvé par Fabio Quartararo, les pilotes Honda prêts pour une remontada : synthèse de ce qu’il faut savoir avant la course MotoGP du Grand Prix du Portugal, à l’issue d’une qualification renversante jusqu’au bout.
Disputées dans des conditions mixtes, les séances Q1 et Q2 de Portimao ont donné lieu à des résultats inattendus. Johann Zarco en pole, Joan Mir en première ligne, Enea Bastianini, Alex Rins et Francesco Bagnaia hors du top-15 : les surprises n’ont pas manqué, et ce ne pourrait être que le début.
En effet, les prévisions météo annoncent une course entièrement effectuée sur le sec, à l’inverse de tout ce qui s’est produit jusqu’à présent. Prévisions, bons choix – pneus, consommation d’essence… – et capacité d’adaptation seront les clés du Grand Prix. Avec, évidemment, un warm-up plus important que jamais, puisqu’il sera la seule séance aux conditions relativement semblables à celles de la course.
Ducati entre bonheur et malheur(s)
Qui aurait parié sur une pole de Johann Zarco ? Pas le principal intéressé, au regard de circonstances – pneus slicks sur un circuit séchant avec des taches humides – qui ne lui plaisent guère. Le Français a bien analysé la Q1 depuis son box, puis a enchaîné les tours et pris en confiance. Il sort grand vainqueur d’une journée mouvementée. « Avoir la pole ne veut pas dire que je vais gagner, mais ça aide à prendre en confiance et c’est un avantage que de partir immédiatement dans le bon groupe et ne pas avoir à trop se battre, ou perdre du temps quand on te double ou que tu dois doubler », a-t-il commenté en conférence de presse.
Trois places derrière, Jack Miller (4e) peut s’estimer heureux de son résultat, car Marc Marquez et Fabio Quartararo auraient dû être devant lui si leurs chronos n’avaient pas été annulés en raison d’un drapeau jaune. L’Australien est rapide sans être le favori, mais il est aussi l’un des meilleurs pilotes dans l’exercice du départ. Son nom ne devrait pas être loin du sommet de la liste dans les premiers kilomètres.
Le troisième meilleur pilote des Rouges est un homme en jaune : Marco Bezzecchi (6e), impressionnant meilleur rookie. Les prestations du pilote VR46 ne cessent d’étonner, et commencent à faire de lui le favori pour le titre de meilleur débutant. Reste à concrétiser en course, après deux chutes aux essais.
Bloqué en Q1, Jorge Martin (13e) a eu du mal à se relâcher dans les conditions piégeuses de la séance. Le leader du championnat, Enea Bastianini (18e), est tombé et s’est fait mal au poignet droit, sans que rien ne soit toutefois cassé. Même bilan pour Francesco Bagnaia (25e), qui souffre lui d’ecchymoses au niveau de l’épaule. Les deux hommes vont devoir serrer les dents pour remonter dimanche, sous peine de perdre de précieux points dans la lutte pour le titre. Ce week-end portugais n’est pour l’instant pas le leur.
Mir lorgne sur les sommets
Portimao est un circuit qui réussit à Joan Mir, en course (deux podiums en trois Grands Prix) comme aux essais. La qualification de novembre 2021, ici, était déjà la meilleure de sa carrière en MotoGP (3e). Il a fait encore mieux samedi (2e). « Nous avons commencé avec deux places de sixième, puis de quatrième ; je crois que le moment est venu d’attaquer pour le podium, a-t-il prévenu. Et si je me sens bien, j’essaierai de gagner. »
Alex Rins (23e) n’est pas dans un grand week-end. En difficulté sur le mouillé aux essais libres, il est resté piégé en Q1, où sa stratégie n’était pas la bonne : sortie en pneus pluie, passage aux stands pour mettre les slicks, puis retour en pluie après quelques frayeurs de l’arrière. Le tour rapide qu’il a pu exécuter à la fin, et qui lui aurait valu la dix-huitième place sur la grille, a été annulé. Il partira vingt-troisième, mais a la vitesse pour faire largement mieux. Peut-être pas assez pour aller chercher un troisième podium consécutif, mais suffisamment pour signer la remontada du dimanche.
Espargaro porte Aprilia
Aleix Espargaro (3e) ne s’attendait pas à rentrer en première ligne, la troisième de sa carrière avec l’Aprilia RS-GP. Une surprise qui confirme une fois de plus son rang de protagoniste du championnat. À lui de transformer l’essai en améliorant le meilleur résultat de la marque italienne à Portimao, pour l’instant une sixième place.
En progrès sur l’Aprilia, Maverick Viñales (14e) n’est pas passé loin de la Q2. Ce sera pour une autre fois, mais partir quatorzième ne l’a pas empêché de rentrer dans le top-10 à Austin, début avril (10e). Il en a deux consécutifs, et un troisième le mettrait dans une bonne dynamique avant sa course nationale, à Jerez.
Quartararo sauve Yamaha
Fabio Quartararo (5e) est, comme souvent chez les Bleus, le seul à être source de bonnes nouvelles. Ni Andrea Dovizioso (16e), ni Franco Morbidelli (19e), ni le débutant Darryn Binder (22e) ne se sont approchés de la Q2. Il a fallu compter sur le Français pour obtenir un résultat décent, une cinquième place dont il s’est dit « super content » en raison des conditions piégeuses, où il n’est généralement pas rapide.
Placé en milieu de deuxième ligne, Fabio Quartararo devra absolument prendre un bon départ pour éviter d’être pris dans une bagarre où il perdrait du temps. Le piège : que le déficit de puissance de sa machine ne le relègue à être coincé avec d’autres adversaires, notamment les Ducati. Si les pièces du puzzle s’assemblent, le podium est à sa portée, sur un circuit où il a gagné il y a un an.
Mission remontada chez Honda
Une fois n’est pas coutume, le meilleur représentant du HRC sur la grille sera Alex Marquez (7e). Rapide à Portimao, où il a terminé quatrième en 2020 – le meilleur résultat de Honda sur ce circuit –, l’Espagnol a été de ceux qui ont le mieux réussi la transition piste mouillée/piste séchante. Son passage en Q1, où il a pu prendre ses marques, l’a bien aidé. Il signe la meilleure qualification de sa carrière en MotoGP.
Son frère Marc partira deux positions derrière (9e), après avoir vu son meilleur tour être annulé par la sortie d’un drapeau jaune. « On continue à chercher notre chance », s’est-il lamenté, alors que son chrono lui aurait valu la quatrième place sur la grille.
Sa mission sera la même que celle de son coéquipier Pol Espargaro (10e) : remonter. Polyccio a chuté alors qu’il était dans un tour rapide, mais estime avoir la vitesse pour viser haut dimanche. « L’objectif est de remonter, nous avons des pilotes plus lents devant nous. La clé sera de voir combien de temps nous perdrons avec les dépassements », a-t-il résumé.
KTM hors du top-10
Pas catastrophique, mais pas au niveau des attentes : tel est le bilan du team Red Bull KTM Factory Racing, porté par un Miguel Oliveira seulement onzième après avoir dominé les FP3 et FP4. Un problème technique l’a empêché de s’exprimer en qualification. Derrière lui, son coéquipier Brad Binder (12e) a commis quelques erreurs puis été piégé par les drapeaux jaunes, mais il n’avait pas la vitesse pour faire grandement mieux. Les deux hommes sont attendus dans le groupe des « remonteurs » dimanche.
Chez Tech3, les deux pilotes sont tombés et ont été pénalisés par ces erreurs, commises dans des conditions délicates. Remy Gardner a pu repartir et faire le vingtième temps, mais la séance de Raul Fernandez (24e) s’est arrêtée sur sa chute.